RD Congo : où sont passés les 750 millions de dollars de la société minière d’Etat ?

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Le Carter Center, organisation non gouvernementale créée en 1982 par l’ancien président des Etats-Unis Jimmy Carter, a rendu public, le 3 novembre, un rapport qui accable la Générale des carrières et des mines, ou Gécamines. Selon ce rapport, entre 2011 et 2014, la société minière, détenue à 100% par l’Etat, c'est-à-dire la République démocratique du Congo (RDC), aurait fait disparaître de sa comptabilité 750 millions de dollars sur 1,1 milliard de revenus générés par l’attribution de différentes licences d’exploration et d’exploitation attribuées à des entreprises privées. Rapportée à la richesse produite par le pays la somme est colossale car elle représente un peu plus de 2% de son PIB (35 milliards de dollars en 2016). Un peu comme si en France une société publique avait escamoté 40 milliards d’euros !

Les revenus dédiés à la modernisation de la production «semblent principalement avoir été utilisés à d’autres fins»

Officiellement, la Gécamines avait annoncé en 2011 un plan de modernisation des moyens de production ; mais les sommes allouées auraient disparu dans la nature, comme l’achat de 73 camions jamais livrés, alors que des arriérés de salaires s’accumulent pour les employés de l’entreprise d’Etat. Pour le Carter Center, aucun doute possible : «Bien que la Gécamines ait affirmé que ces revenus contribueraient à la relance prévue de la production minière, en pratique, ils semblent principalement avoir été utilisés à d’autres fins.»

Ce rapport intervient au moment où le président Joseph Kabila, au pouvoir depuis la mort de son père en 2001, veut exiger des sociétés minières étrangères le rapatriement de 40% de leurs recettes au bénéficie de l’Etat. Ceci, conformément au code minier qui date de 2002 et dont la réforme est régulièrement annoncée depuis 15 ans. Cependant, le rapport rappelle aussi que depuis les différentes guerres du Congo et à partir de 1997 les ressources minières de l’ex-Zaïre ont été régulièrement pillées pour financer les rivalités politiques.  

Jadis vache à lait du régime de Mobutu Sese Seko, qui dirigea le pays de 1965 à 1997 quand celui-ci s’appelait encore Zaïre, l’entreprise publique Gécamines avait vu sa production s’effondrer en raison du non-réinvestissement de ses revenus dans la modernisation de ses mines de cuivre et de cobalt. Au début des années 1990, alors que la fin de la guerre froide cessait de faire du soutien au régime par les puissances occidentales une priorité, la société d’Etat, qui avait bénéficié auparavant de généreuses lignes de crédit de la banque mondiale, se retrouva privée d’investisseurs et fut poussée à une «privatisation hasardeuse» selon le rapport du Carter center. S’appuyant sur un article du Wall Street Journal paru en 1997, le rapport va jusqu’à affirmer que certains investisseurs étrangers ont avancé des millions de dollars au mouvement rebelle de Laurent-Désiré Kabila en 1997, lors de la première guerre du Congo, comme une avance sur des contrats miniers à venir.


5 milliards de dollars transférés à des intérêts privés sans compensation pour les finances du pays 

Le rapport produit même des actes de cession de licences d’exploitation minières signées de la main de Laurent-Désiré Kabila un mois avant sa prise de pouvoir. Il rappelle aussi qu’un comité d’experts mandatés par l’ONU en 2001 pour étudier les liens entre la guerre et les contrats avait  écrit : «Le réseau des élites congolaise et zimbabwéenne [ces dernières avaient soutenu Kabila contre Mobutu] représentant des intérêts politiques, militaires et commerciaux ont transféré l’équivalent de 5 milliards de dollars d’actifs miniers [de 1997 à 2000] sans compensation pour le trésor public de la RDC.

Intrigué par ce qui s’appelle désormais sur Twitter le #gécaminesgate, Juvénal Munubo Mubi, député de l’Union pour la nation congolaise (UNC), un parti d’opposition, dit sur son compte avoir déposé «une question orale avec débat adressée au ministre des Mines [Martin Kabwelulu]». Or, l’usage et la destination des 750 millions de dollars disparus de la comptabilité de Gécamines, selon les informations du rapport du Carter Center, pourraient bien avoir des motifs une fois de plus politiques.

Depuis 2016, année de fin du deuxième et, selon la constitution, dernier mandat du président Joseph Kabila, le pays est plongé dans une profonde crise politique. Selon les explications fournies par la commission électorale qui invoque des problèmes de recensement, les prochaines élections ne devraient pas avoir lieu avant début 2019. On voit donc s'annoncer, une fois de plus, une période peu propice à une réorganisation susceptible de déboucher sur une plus grande transparence dans la société détentrice d'une des principales sources de richesses de la RDC.

 

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